Manager son ego

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Les leaders les plus puissants combinent une humilité personnelle extrême avec une volonté professionnelle intense.” 

Jim Collins, auteur, chercheur et consultant américain spécialisé dans le leadership et la performance des entreprises

Batman n’a pas de super pouvoirs. Pas de force surhumaine, pas de capacité extraordinaire mais des ressources… et une profonde colère.

Derrière l’armure, il reste un homme fragile, traversé par le doute, les blessures, les obsessions. C’est peut-être pour cela qu’il fascine autant : parce qu’il incarne une tension que les dirigeants connaissent bien : 

Être puissant… et vulnérable.
Décider… tout en doutant.
Avancer… tout en étant traversé par des forces intérieures parfois contradictoires.

Dans la réalité du leadership, il n’y a pas de cape ni de masque, mais une mécanique tout aussi déterminante, souvent invisible, qui influence chaque décision, chaque réaction, chaque relation : l’ego.

La vie de dirigeant est faite de hauts et de bas, d’expositions permanentes, de jugements explicites ou implicites. Chaque situation vient toucher, renforcer ou fragiliser l’ego. Savoir rebondir après une blessure d’ego, ou rester lucide quand on vous renvoie une image flatteuse de vous-même, est un exercice permanent.

C’est tout l’enjeu de savoir manager son ego : combiner humilité et volonté professionnelle intense, comme le décrit Jim Collins.

Le problème  n’est pas l’ego. Un leader sans ego manque d’énergie et d’ambition pour lui-même, pour ses équipes ou pour son activité. Il aura aussi plus de difficulté à décider. L’ego est la structure psychologique qui organise son identité, sa valeur perçue et son rapport au pouvoir, à la reconnaissance et au contrôle.

Plus concrètement, c’est ce qui répond (souvent implicitement) à trois questions :

  • Qui suis-je en tant que leader ?

  • Quelle est ma valeur ?

  • Comment dois-je être perçu pour exister / réussir ?

L’ego n’est pas “mauvais” en soi. Il est nécessaire (il soutient la confiance, la prise de décision, l’ambition), mais à double tranchant (il peut rigidifier, aveugler, créer des biais relationnels)

On peut le voir comme un système de protection et de projection :

  • protection : éviter la perte de statut, de contrôle, de légitimité.

  • projection : construire une image de leader cohérente et valorisée.

Le vrai sujet est la maturité de l’ego. Un ego mature écoute, apprend et sert la mission. Aussi je vous propose  d’utiliser deux courants de pensée qui peuvent vous aider à manager votre ego et le rendre plus mature :

1) Quand l’ego est blessé : la sagesse bouddhiste

Dans la pensée bouddhiste, l’ego est souvent vu comme une illusion qui crée de la souffrance lorsque nous nous y attachons qui  produit anxiété, rivalité et frustration.

Un texte souvent cité dans la tradition bouddhiste dit par exemple :

« Attachement mène à la souffrance. »
— enseignement attribué au Bouddha

Quand l’ego prend trop de place, il devient une véritable source de tourments. Pour illustrer cela, je vous propose d’écouter le moine bouddhiste Matthieu Ricard. Il explique que l’ego est en réalité une construction mentale, et que c’est notre attachement à l’idée d’un « moi » rigide qui nous fait souffrir. La transformation consiste alors à reconnaître la vacuité de cet ego, afin de retrouver plus de liberté intérieure et de paix.

2) Quand l’ego est trop faible : la puissance du désir selon Spinoza

Spinoza adopte presque la position inverse. Dans L’Éthique, il écrit : « Le désir est l’essence même de l’homme. » Il précise même : « Nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est bonne ; nous jugeons qu’elle est bonne parce que nous la désirons. »

C’est une lecture particulièrement stimulante quand l’ego est trop bas et que l’énergie du désir s’est affaiblie. Dans ces moments-là, relire Spinoza — ou le très beau livre de Frédéric Lenoir Le miracle Spinoza — peut nous rappeler que le désir n’est pas un défaut à contenir, mais une force vitale à cultiver.

Je vous invite également à regarder la vidéo “Le désir est puissance” selon Spinoza, par André Comte-Sponville

Au fond, le leadership est peut-être l’art de naviguer entre ces deux équilibres : manager son ego lorsqu’il est trop haut… et nourrir le désir lorsqu’il s’affaiblit.

Car au fond, la vraie question n’est pas : “ avez-vous de l’ego ?” mais : “ quel ego êtes-vous en train de servir… et à quel prix ? ”.


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